Forbidden - Tabitha Suzuma

 

 

L’avis de Galie :

 

Il y a quelque chose dans la couverture de ce livre qui m'attire irrémédiablement depuis que je suis tombée dessus par hasard il y a plus d'un an. Le thème, l'inceste, est un sujet grave, mais je ne pouvais pas passer à côté de ce roman.

 

Lochan et Maya, âgés de presque 18 et 17 ans, sont frère et soeur. Ils vivent avec leur fratrie, Kit 13 ans, Tiffin 9 ans et Willa 5 ans. Leurs parents: le père les a abandonnés pour se construire une nouvelle famille il y a plusieurs années, et leur mère fuit ses responsabilités et préfèrent noyer son mal être dans l'alcool et le shopping, au bras de son mec du moment, Dave. Lochan et Maya doivent alors endosser le poids de la gestion du foyer et de leurs frères et soeur, leur mère espaçant ses retours au domicile, partant des jours entiers... Lochan et Maya n'ont qu'un but: assumer au mieux pour ne pas alarmer les écoles ou services sociaux qui inéluctablement placeraient la fratrie en famille d'accueil.

 

Lochan et Maya sont donc très proches et, à force de jouer les parents de substitution, développent des sentiments plus forts et plus complexes que de simples relations fraternelles.

 

Oseront-ils assumer leurs sentiments alors que la société les condamne? Pouvons-nous, lecteurs, incriminer leur relation après avoir partagé leur vie au travers de ce roman?

 

Je savais dès le départ que cette lecture serait difficile. Le thème est très singulier. Quand on prononce le mot "inceste", ça me renvoie à quelque chose de malsain, à une relation non consentie d'une personne exerçant son autorité pour abuser d'un membre de sa famille.

 

Dans Forbidden, ce qui me saute aux yeux, c'est la détresse des personnages, ce qu'ils vivent au quotidien dans cette situation familiale chaotique. J'ai ressenti une profonde aversion pour cette mère de famille de 5 enfants. J'essaie de me mettre à la place des personnages qui me perturbent pour comprendre ce qui les a amenés à faire ces choix à un moment donné de leur vie. J'ai compris que madame Whitely s'était retrouvée dans une impasse au cours de sa vie et qu'elle avait fait le choix de ne pas assumer, se délestant totalement sur son fils aîné, "l'homme de la maison". Malgré tout, il m'est impensable de considérer qu'on puisse abandonner ainsi ses propres enfants, se fichant totalement s'ils sont en bonne santé, s'ils ont de quoi manger, si leurs vêtements sont bien chauds pour affronter l'hiver... on pourrait penser qu'elle se soucie au moins du regard des autres vu l'importance qu'elle donne à son apparence...mais non.

 

Lochan et Maya assument avec force, dévouement et abnégation de prendre cette famille en charge et cela les rapproche et les soude plus que tout. Leur relation évolue au fil de l'histoire et à aucun moment je n'ai pu les juger pour ce qu'ils faisaient. Ils n'ont fait que s'aimer et affronter cette vie qu'ils ne leur a pas fait de cadeaux. Le dicton "pour vivre heureux, vivons  caché" résume leur relation. Mais honnêtement on ressent bien leur mal être face à cette impossibilité de vivre leur amour au grand jour.

 

Je n'ai pas trouvé la plume de Tabitha Suzuma addictive. Mais ce n'est pas un reproche, loin de là. J'ai lu son œuvre avec humilité, acceptant les émotions qu'elle a voulues transmettre à ses lecteurs, la souffrance de Lochan face à son handicap social, les lourdes responsabilités assumées par ces futurs jeunes adultes à l'âge où on doit s'amuser et sortir avec ses potes, la souffrance de Lochan et Maya face à cet amour interdit, illégal, les plongeant dans la culpabilité et la colère face un monde qui ne peut accepter leurs sentiments.

 

J'ai fini ce livre en larmes et rien que d'y repenser, mes yeux rougissent à nouveau. Je suis en colère. En colère face à un monde qui préfère condamner l'amour sincère, certes d'un frère et d'une sœur, mais qui ferme les yeux sur des abandons parentaux, ou n'offrant que pour solution la dissolution d'une fratrie aimante et bienveillante. L'issue est bien souvent tragique et ce roman ne fait pas exception à la règle...

 

 

Merci Tabitha Suzuma pour cette histoire poignante et bouleversante. Elle est désormais gravée dans ma mémoire.


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